L’épave PUNTA LOBERIA (Chili)

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L’île de Robinson Crusoé, repère des expéditions corsaires à l’époque coloniale

L’ILE DE ROBINSON CRUSOÉ
LA DÉCOUVERTE DE L’ÉPAVE DE LA PUNTA LOBERÍA
LE PROGRAMME DE FOUILLE
LE TSUNAMI DE L’ANNÉE 2010

L’ILE DE ROBINSON CRUSOÉ : UNE HISTOIRE RICHE ET MOUVEMENTÉE

L’île de Robinson Crusoé est située dans l’Archipel Juan-Fernández (Pacifique Sud), à environ 700 km à l’Ouest de Valparaiso. Depuis sa découverte au XVIème s., elle a joué un rôle stratégique dans l’histoire de cette zone d’influence espagnole appelée à l’époque “Mer du Sud”, terminologie géographique de l’époque coloniale désignant l’espace maritime qui bordait la côte Pacifique entre le Chili et la Californie.

Cette histoire se confond avec celle de la piraterie et du corsarisme européens. Riche en eau douce et en ressources naturelles, l’île de Robinson a effet servi de base logistique et de refuge à la plupart des expéditions corsaires qui ont semé la terreur et le chaos siècles dans les colonies espagnoles du Pacifique aux XVIIème et XVIIIème siècles. De fait, entre le XVIème et le XIXème siècle, on dénombre plus d’une vingtaine d’expéditions corsaires, essentiellement anglaises et hollandaises, qui ont fait escale dans l’île de Robinson Crusoé.

L’une d’entre elle, celle du corsaire anglais Sharp, sera à l’origine de la mésaventure du marin écossais d’Alexander Selkirk qui, abandonné sur l’île y survivra dans la plus grande solitude pendant plus de 4 ans au début du XVIIIème siècle. Son histoire sera immortalisée par Daniel Defoe qui le rebaptisera Robinson Crusoé dans son roman bien connu de tous.

Naufrages et épaves dans l'Ile de Robinson-Crusoé

Naufrages et épaves dans l’Ile de Robinson-Crusoé

La richesse du passé maritime de cette petite île et les naufrages qui s’y sont produits a amené une équipe de recherche franco-chilienne conduite par l’archéologue Arnaud C. de la Roche à réaliser une prospection géophysique de sa baie en 1996. C’est à cette occasion que l’épave de la Punta Lobería a été découverte par 30 mètres de profondeur au moyen d’un magnétomètre à protons dans la partie Sud-Est de la baie.

LA DÉCOUVERTE DE L’ÉPAVE DE LA PUNTA LOBERÍA

Les vestiges de l’épave, correspondent à ceux d’un grand bâtiment construits à l’époque coloniale espagnole. Ils étaient caractérisés par la présence visible sur le fond de deux grandes ancres en fer, de vestiges en bois d’une carène et d’un ensemble d’objets fortement concrétionnés –essentiellement en métal et céramique- éparpillés sur le site.

La découverte de l’épave de la Punta Lobería constitue cependant un évènement important pour l’histoire maritime et l’archéologie car, à notre connaissance, aucune étude archéologique de vestiges subaquatiques ne permet d’appréhender la réalité des navires, du commerce, de la guerre et plus généralement de l’histoire maritime dans cette partie du monde à l’époque coloniale. A ce titre, l’étude de l’épave de la Punta Lobería offre la perspective d’un apport important à la connaissance de l’histoire maritime en Amérique du Sud. Elle offre aussi la perspective de la mise au jour d’un mobilier de grande valeur archéologique.

LE PROGRAMME DE FOUILLE

Mise au jour d'une jarre à olive sur le site de la Punta Loberia

Mise au jour d’une jarre à olive sur le site de la Punta Loberia

A la suite de sa découverte par notre Centre d’Etudes en Archéologie Nautique –CEAN-, la Marine chilienne est intervenue sur le site et a, notamment, procédé à l’extraction d’une ancre. N’ayant fait l’objet d’aucun traitement, celle-ci est aujourd’hui irrécupérable. Le site de la Punta Lobería n’ayant fait l’objet d’aucune étude, notre centre et la Fondation chilienne Archipiélago Juan-Fernández ayant conscience de l’importance de ces vestiges, nous avons décidé en 2007 de joindre nos moyens et nos efforts pour entreprendre une première fouille d’évaluation de l’épave de la Punta Lobería dans le cadre d’un projet commun. Cette opération a été menée par une équipe scientifique internationale et pluridisciplinaire d’une vingtaine de personnes. Il convient de souligner que ce projet a été placé dans le cadre des prescriptions de la Convention de l’UNESCO sur la protection du patrimoine culturel subaquatique (2001).

Le programme de fouille a trouvé le soutien du Consejo de Monumentos Nacionales du Chili qui a été représenté sur place par une de ses archéologues, Paulina Acuña Leyton. Il a par ailleurs trouvé le soutien officiel du Ministère de la Culture espagnol. Il a enfin été l’objet de la participation et du soutien économique de l’Université Andrés Bello avec laquelle une convention de partenariat a été signée et dont le représentant scientifique in situ était don Cristobal Campuzano,

Les objectifs qui ont été assignés à cette première mission 2010 ont été développés dans un document qui a été remis au Consejo de Monumentos Nacionales du Chili. En résumé, ils étaient de
– circonscrire la surface du site archéologique
– déterminer le volume de la couche archéologique préservée sous le sédiment
– comprendre la dynamique du site et l’organisation des vestiges
– confirmer la taille du navire, préciser sa chronologie et si possible son origine.
In fine, le but essentiel de ce travail était de mesurer le potentiel archéologique du site de la Punta Lobería et de préparer un possible projet de fouille programmée.

LE TSUNAMI DE L’ANNÉE 2010

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Trois années ont été nécessaires pour trouver les financements et procéder à la préparation matérielle et logistique de cette première mission. Organisée sur quatre semaines, entre les mois de février et mars 2010 elle fut malencontreusement écourtée par le tsunami du 27 février. A 4h20 a.m., l’île a été frappée par une vague d’une hauteur de 20 m qui a ravagé le village de San Juan Bautista, emportant tout sur son passage. Par miracle aucun membre de notre équipe n’a été blessé. Pendant les 4 jours qui ont suivi le tsunami, nous nous sommes mis à la disposition des villageois pour les aider à rechercher les corps des victimes.

Dès lors, il va sans dire que notre équipe a été contrainte d’abandonner l’étude du site, et de ce fait, nous n’avons pas pu atteindre l’ensemble des objectifs que nous nous étions fixés. Les observations réalisées à l’occasion de nos plongées ont néanmoins permis d’en révéler les caractéristiques générales les plus importantes.
Consulter le rapport de fouille:
version française – rapport-robinson-2010-vfr_pb
version espagnole – rapport-robinson-2010-ve